
Pierre, ludion aimé de Saint- Petersbourg à Kiev, de Tbilissi à Taverny
Pierre Richard ?
Je me souviens d’une nuit où, marchant sous la neige à Vologda, petite ville au nord de Moscou, un vieil homme traversa la rue pour prendre Pierre par le bras et lui dire un simple mot : MERCI !
Je me souviens d’un matin, dans les montagnes caucasiennes où, à quelques kilomètres de Tbilissi, Nous tournions une scène regroupant cavaliers géorgiens et équipe du film quand un berger, guidant ses moutons, courut vers nous les bras levés en criant : Pierre Richard, Pierre Richard !!!
Je me soutiens de ce chauffeur de taxi à Almaty, au Kazakhstan à qui j’eus la bêtise de demander s’il savait qui était Pierre Richard. Le chauffeur kazakh freina brusquement, s’arrêta et se retourna vers moi, terriblement vexé : Vous me prenez pour un idiot ?
Je me souviens de la demande d’un ministre ukrainien nous interrogeant pour savoir s’il était imaginable d’obtenir le soutien de Pierre Richard et de sa dénonciation de l’invasion russe. Pierre bien sûr accepta des deux mains et nous enregistrâmes puis envoyâmes à Kiev une déclaration chaleureuse rappelant son amitié profonde pour le peuple russe et son soutien aux résistants ukrainiens contre les armées poutiniennes.
Vus et revus par un public de 7 à 77 ans à travers la Russie, les films de Pierre Richard dont, en particulier, Le Jouet témoignent de la longue complicité entre le cinéma russe et le cinéma français. Claude Lelouch, Isabelle Huppert, Catherine Deneuve (prononcer Denieuve) et bien sûr Macha Méril et Pierre Richard en sont les visages français, des visages connus et aimés dans les salles de cinéma de Moscou, Kiev, Riga et Tbilissi. Pierre aime à dire qu’il plaît au delà des frontières parce qu’il est un ludion qu’on chasse par la porte et qui rentre par la fenêtre. « Pour eux, je ne suis pas un acteur, je fais partie de la famille ».
Pierre Richard viendra présenter à Taverny Les mille et une recettes du cuisinier amoureux, un film géorgien co produit par la France, la Géorgie, la Russie, l’Ukraine et l’Allemagne. La musique du film est signée Goran Bregovitch, immense compositeur de musiques de films. Les mille et une recettes du cuisinier amoureux - A Chef in Love aux USA - fut sélectionné au Festival de Cannes et représenta la France à la cérémonie des Oscars en 1997. En France, Bernard Pivot ouvrit à titre exceptionnel Apostrophe avec un extrait du film qu’il adorait. Dans ce film, Pierre montre un nouveau visage, libre, hirsute, poète, vagabond, un visage qui ne le quittera plus. A Taverny, il nous rappellera qu’au-delà des guerres, la culture, la musique et le cinéma restent universels.
Merci Pierre Richard.
Chapeau l’artiste
Marc Ruscart