L'Ascension

Biélorussie, hiver 1942

L’Ascension (Восхождение)
URSS 1976 N&B 1h51
Production : Mosfilm
Réalisation : Larissa Chepitko
Scénario : Youri Klepikov et Larissa Chepitko d’après le récit Sotnikov de Vassil Bykov
Image : Vladimir Tchoukhnov et Pavel Lebechev
Musique : Alfred Schnittke
Avec : Boris Plotnikov, Vladimir Gostioukhine, Sergueï Yakovlev, Ludmilla Poliakova, Anatoli Solonitsyne, Victoria Goldentul…
Biélorusse, hiver 1942. L’année la plus terrible quand rien ne peut arrêter l’avancée irrésistible des Allemands en territoire soviétique. Tout semble joué et perdu. Mais une poignée résiste en zone occupée, les Partisans, dans des conditions effroyables. Ils manquent de tout. Deux gars sont envoyés au ravitaillement, c’est-à-dire en expédition chez les civils. Deux garçons différents : un costaud grande gueule et un jeune longiligne tubard. Ce film questionne l’engagement et la conduite face à la torture et la mort, loin de tout manichéisme. Ici résistants et traitres sont des compatriotes. Le fait de confier le rôle du collabo à celui qui incarna Andreï Roublev montre que sainteté et abjection se côtoient dans l’être humain. Basculer de héros à salaud tient parfois à peu de choses, comme le dit aussi le Lacombe Lucien (1974) de Louis Malle.
Ours d’Or à Berlin en 1977 – deuxième femme après Marta Meszaros en 1975.
Dans ce générique, deux noms se détachent. Le scénariste Youri Klepikov : dramaturge, écrivain et journaliste de talent, il signe des fictions - Le Bonheur d’Assia d’Andreï Kontchalovski ou le premier film de Youri Guerman Le 7e Compagnon – mais aussi des documentaires (J’ai servi dans la garde de Staline de Semion Aranovitch) ; enfin il fait l’acteur chez Panfilov dans Le Début où il joue le réalisateur. Quant au musicien Alfred Schnittke, il a écrit des opéras, des ballets, des symphonies, etc. et des musiques de films à foison comme celle de La Commissaire (1967), le film martyr d’Alexandre Askoldov, ou du documentaire Larissa (1980) d’Elem Klimov.
 

Cinéma le Studio 28
Vendredi 8 mars à 15h30

Les Ailes

Portrait d'une héroïne

Les Ailes (Крылья)
URSS 1966 N&B 1h25
Production : Mosfilm
Réalisation : Larissa Chepitko
Scénario : Valentin Ejov et Natalia Riazantseva
Images : Igor Slabnevitch
Musique : Roman Ledenev
Avec : Maïa Boulgakova, Jeanna Bolotova, Panteleïmon Krylov, Vladimir Gorelov, Rimma Nikitina-Markova…
Trois jours dans la vie de Nadejda Petroukhina. Elle fut un as de l’aviation pendant la guerre. Pilote de chasse redescendue du ciel, elle est maintenant l’austère directrice d’un lycée technique en province. Brusque et maladroite, bardée de certitudes, elle semble toujours porter l’uniforme. Elle se considère comme un bon petit soldat, accomplissant sa tâche, aussi ingrate soit-elle. Sourde aux autres, elle ne mesure pas l’hostilité qu’elle suscite dans son entourage, tant professionnel que familial. Les élèves la détestent, ses collègues la craignent et sa fille l’évite. Qu’y a-t-il de vivant dans son présent ? Le passé ! Le souvenir des combats avec le ciel pour horizon. En fait, Nadejda est duelle : une jeune fille vibrante, enthousiaste, naïve et intègre, mais aussi une femme mûre prisonnière de ses principes rigides. Elle doit résoudre ce conflit intérieur.
Ce deuxième film de Larissa Chepitko est le portrait sans concession, tout en force, élégance et empathie, d’une héroïne revêche et attachante. Avec au passage un hymne à l’amitié féminine. Une maîtrise totale pour une cinéaste de 28 ans.
 

Cinéma Le Studio 28
Vendredi 8 mars à 18h

Les Adieux à Matiora

Derniers jours avant évacuation

Les Adieux à Matiora (Прощание)
URSS 1982 Couleur 2h09
Production : Mosfilm
Réalisation : Elem Klimov
Scénario : Larissa Chepitko, Rudolf Tiourine et Guerman Klimov d’après la nouvelle Les Adieux de Valentin Raspoutine
Image : Alexeï Rodionov et Youri Skhirtladzé
Musique : Viatcheslav Artemov et Alfred Schnittke
Avec : Stefania Staniouta, Lev Dourov, Alexeï Petrenko, Léonide Kriouk, Vadim Yakovenko, Youri Katine-Yartsev, Denis Loupov, Maïa Boulgakova…
Le paisible village de Matiora, situé sur une île au milieu de la rivière Angara, est condamné à court terme par la construction d’un gigantesque barrage. Des siècles d’existence seront bientôt noyés sous les flots. Le film raconte les derniers moments des villageois avant l’évacuation forcée. Les gens doivent tout abandonner, maisons et tombes des proches. Certains se résignent, d’autres s’attardent. Pavel, responsable du transfert, exécute à contrecœur les ordres car il a grandi ici et comprend que sa mère ne partira pas. Les chefs n’ont pas de doute ni d’états d’âme. Le Progrès avant tout. On presse le mouvement. Dernière fenaison avant les pluies d’automne. Une brigade vient nettoyer le terrain et supprimer tout ce qui dépasse. Mais un arbre fait de la résistance. Ce drame, c’est l’éternel conflit entre la tradition et la modernité. L’ancien doit s’effacer et c’est toujours douloureux, plein de nostalgie et de regrets. Surtout quand ce passage s’accompagne du sentiment de perte de lien avec la Nature. Dans Matiora, il y a le mot Mat’, la Mère. Et c’est bien un adieu à la Terre-Mère, généreuse nourricière d’antan.
Larissa Chepitko décède dans un accident de voiture au tout début du tournage. Le projet est repris par son mari, le réalisateur Elem Klimov. Des rushes laissés par Larissa ne subsiste que le plan magnifique du mélèze en majesté. Elem Klimov, auteur de Raspoutine L’Agonie (1978), a de son côté une véritable œuvre dont le sommet est Requiem pour un massacre (1985).

Cinéma le Studio 28
Samedi 9 mars à 14h

Larissa Chepitko, une grande

Voilà une auteure fauchée par la mort en pleine possession de ses moyens. Un accident de la route à 41 ans met fin à une œuvre plus que prometteuse. Elle n’a eu le temps de tourner que quatre films. Cela suffit pour la classer parmi les grandes ou les grands. On la considérait comme une metteure en scène à poigne masculine. Ce faux compliment l’horripilait, à l’instar de Kira Mouratova qui refusait cette distinction entre réalisatrice et réalisateur.
C’est l’enfant d’un siècle rude et d’un pays terrible. Née en 1938 à Artiomovsk (rebaptisé depuis 2016 Bakhmout), elle grandit à Kiev et Lvov. En 1955, elle entre au prestigieux institut de cinéma, le VGIK, dans le cours dirigé par Alexandre Dovjenko. Mais il décède en novembre 1956, la veille du tournage du Poème de la mer à la gloire du barrage de Kakhovka en Ukraine – film repris et tourné par son épouse Youlia Solntseva. Le cours est assuré par Mikhaïl Tchiaoureli, fameux à double titre. C’est l’archétype du réalisateur stalinien non dépourvu de talent et le père de l’actrice Sofiko Tchiaoureli (Sayat Nova de Paradjanov). Larissa a pour camarades de classe Otar Iosseliani et Guéorgui Chenguélaïa. En 1963 sort son film de diplôme Chaleur Torride que, suivant le principe soviétique de dispatcher les talents, elle a tourné en Kirghizie. Puis ce sont Les Ailes. En 1967, Mosfilm lui demande, pour le 50e anniversaire de la Révolution, un court-métrage pour Le Début d’un siècle inconnu. Les deux autres réalisateurs sollicités sont Andreï Smirnov et Henrich Gabay. C’est La Patrie de l’électricité. Mais l’ensemble déplaît en haut lieu. Il est mis au placard jusqu’en 1987. Un film mineur, Toi et Moi (1971), lui permet de souffler. L’Ascension manque aussi de rester inédit. On lui reproche ses accents mystico-religieux. Il faut l’intervention personnelle de Piotr Macherov, premier secrétaire du Parti communiste de Biélorussie, pour qu’il sorte normalement. Même dans la pire bureaucratie, il y a des apparatchiks intelligents et sensibles.

 

Rétrospective Larissa Chepitko
au Studio 28

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